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Lundi 31 mars, Annonciation du Seigneur, Eucharistie à 11h 15

- Sermon du Bienheureux Guerric

 
Bienheureux Guerric d’Igny.

TROISIÈME SERMON POUR LA RÉSURRECTION DU SEIGNEUR.


« Bienheureux et saint, celui qui a part à la première résurrection (Ap. XX, 9) ».
Quel est l'homme assez tiède, assez engourdi pour entendre en ce jour ce cri plein de joie :
«Le Seigneur est ressuscité, » sans tressaillir, sans revivre et sans être ranimé tout entier?
Bien plus, «Mon coeur et mes os ont tressailli pour le Dieu vivant. » s'écrie le Psalmiste (Ps. LXXXIIl, 2), »
moi qui avais été entièrement plongé dans la tristesse et le désespoir en voyant Jésus mort.
C'est un accroissement de foi, une augmentation de joie, de voir Jésus sortir pour moi du tombeau; de contempler vivant ce Dieu que peu de temps auparavant on pleurait comme un homme mort, que mon coeur regrettait comme frappé du trépas; or, en lui maintenant tressaillent non seulement mon coeur, mais encore ma chair, qui est assurée, par lui, de sa résurrection et de son immortalité. O mon âme, «j'ai dormi et me suis levé (Ps. III, 6), » s'écrie Jésus-Christ; lève-toi, toi qui dors aussi, dans les régions de la mort, et le Christ t'illuminera.

O mes frères, voici le jour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous et livrons-nous aux transports de l'allégresse (Ps. CXVII, 24). Tressaillons en son espérance, afin de voir sa lumière et d'en jouir. Pour vous qui ne devez plus connaître Jésus selon la chair, mais bien selon l'esprit, vous pourrez le rencontrer spirituellement, si vous le cherchez avec un semblable désir, s'il vous voit persister dans la prière avec une vigilance semblable. Dites donc à ce divin maître, avec le désir et l'affection de Marie : « Mon âme te désire la nuit, et mon esprit s'est ému en mes entrailles; dès le matin je veillerai pour toi (Is. XXVI, 9). » Dites-lui avec les accents, et le cœur du Psalmiste : « Mon Dieu, mon Dieu, je te cherche dès l’aurore. Mon âme a soif de toi (Ps. LXII, 2). » Et voyez s'il ne vous conviendrait pas de chanter avec eux : « Le matin, nous avons été rassasiés de ton amour, nous avons tressailli et nous nous sommes réjouis avec délices (Ps. LXXXIX, 14). »

Veillez donc, mes frères, et soyez appliqués à la prière, veillez et soyez circonspects dans vos actions ; surtout parce que déjà brille, à nos yeux, le matin de ce jour sans déclin, la lumière éternelle nous revient de l'abîme plus agréable et plus pure, et cette aurore nous apporte un soleil nouveau. C'est l'heure de sortir du sommeil, maintenant que la nuit a disparu et que le jour est arrivé. Veillez donc, puisque la lumière du matin, le Christ, se lève pour vous, sa sortie s'est préparée comme celle de l'aube, il est prêt à renouveler souvent, dans ceux qui veillent pour lui, le mystère de sa résurrection matinale. Alors vous chanterez dans l'allégresse de votre cœur : « Le Seigneur Dieu a projeté ses lueurs sur nous. Voici le jour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous et livrons-nous à de saints; transports (Ps. CXVII, 24) ; » puisqu'il a laissé briller à nos yeux la lumière qu'il tenait cachée dans ses mains.

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Continuons notre chemin de la Semaine Sainte avec le Bienheureux Guerric d'Igny.

QUATRIÈME SERMON POUR LE DIMANCHE DES RAMEAUX (extraits).

Béni soit-il celui qui, pour me permettre d'établir mon nid dans les trous de la pierre, a souffert qu'on lui ouvrit les mains,
les pieds
et le côté,
et s'est tout ouvert à moi,
afin que je sois protégé dans le secret de cette demeure.
Toutes les blessures ouvertes dans son corps,
offrent le pardon aux coupables
et la grâce aux justes.
Si vous voulez une demeure assurée pour vous, mes frères,
et une tour redoutable à l'ennemi,
c'est de vous arrêter à méditer avec une pieuse attention les blessures de Notre Seigneur Jésus-Christ, et à protéger son amour par la foi et par l'amour du divin crucifié.
La protection que nous donne ce tabernacle est au dessus de toute la gloire du monde, le long du jour il défend contre la chaleur,
en donnant de l'ombre il fournit un abri contre la pluie et la tempête en sorte que dans le jour, le soleil ne vous brûle point par la prospérité,
et que le tourbillon ne vous ébranle pas dans la tempête.
" Entre donc dans le rocher, ô homme, cache-toi dans la terre creusée (Lam. II, 10), " place ta retraite dans le crucifié.
Il est la pierre, il est la terre, parce qu'il est homme et Dieu;
il est la pierre percée, la terre creusée, parce que, s'écrie-t-il, " ils ont creusé mes mains et mes pieds (Ps. XXI, 17) ".
Cachez-vous, dit le Prophète, " dans la terre creusée en face du courroux du Seigneur;"
c'est-à-dire, de lui fuyez vers lui,
du juge courez au Rédempteur,
du tribunal à la croix, de celui qui est juste, à celui qui est miséricordieux ;
de celui qui frappera la terre avec la verge de sa bouche, vers celui qui l'enivre des perles de son sang;
de celui qui, du souffle de ses lèvres fera périr l'impie, à celui qui, par le sang tombé de ses blessures, rend la vie aux morts.
Non seulement fuyez vers lui, mais fuyez en lui, entrez dans les trous de la pierre, cachez-vous dans la terre creusée, plongez-vous dans ses mains percées, et dans son côté entr'ouvert. La blessure du côté de Jésus-Christ, qu'est-elle, sinon l'ouverture pratiquée au flanc de l'arche pour ceux qui devaient être sauvés du déluge?
Cet ami pieux et miséricordieux a ouvert son côté,
pour que le sang, sorti de cette blessure, vous vivifiât,
pour que la chaleur de son corps vous ranimât,
pour que son coeur vous aspirât par cette ouverture libre et agrandie.
Là, vous vous cacherez en sûreté jusqu'à ce que l'iniquité passe; vous n'y ressentirez aucune froide atteinte, parce que la charité ne se refroidit pas dans les entrailles de Jésus-Christ; vous y goûterez des délices en abondance, vous y aurez des joies en plus grande abondance encore, alors du moins que votre mortalité aura été absorbée par la vie de votre chef et de tous ses membres.

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Comme suite de notre méditation de Carême, parvenus au début de la Sainte Semaine, nous vous proposons des extraits d’un Sermon du Bienheureux Guerric pour le Dimanche des Rameaux. TROISIÈME SERMON POUR LE DIMANCHE DES RAMEAUX (extraits).

     Le jour présent offre aux regards des enfants des hommes le désiré de notre âme, le plus beau des humains sous deux formes : sous toutes les deux admirable, désirable et aimable, parce que, d'un côté comme de l'autre, il est sauveur, bien qu'en l'une il soit très élevé, et en l'autre, très abaissé.
     Dans son entrée, on le voit entouré d'honneur comme un roi, dans sa passion, puni comme un malfaiteur. Là, le triomphe et la pompe l'entourent, ici il n'a ni éclat ni beauté. Joie des hommes et objet de l'enthousiasme populaire, il est d'un autre côté l'opprobre des humains et le rebut de la populace. Ici on lui crie : « Hosanna au Fils de David, béni soit celui qui vient, roi d'Israël (Matth. XXI, 9), » là, on hurle. « Il est digne de mort (Joan. XIX, 7), » et on lui reproche d'avoir voulu se faire passer pour roi d'Israël.
     Ici, on marche à sa rencontre en tenant des rameaux à la main, là, on lui donne des coups de poing à la figure et on frappe sa tête d'un roseau. Entouré d'hommages d'une part, il est rassasié d'opprobres d'une autre. Ici, à l'envie, on couvre son chemin des vêtements d'autrui, là il est dépouillé même des siens. Ici, il est accueilli à Jérusalem comme un roi juste, comme un libérateur, là il est chassé comme un criminel et un séducteur convaincu. D'un côté, il est assis sur un âne entouré d'hommages, d'un autre, il est suspendu au bois de la croix, battu de verges, tout percé de plaies et abandonné des siens.
     Le visage de Jésus triomphant, tel qu'il faut le considérer dans son entrée, est joie et allégresse ; le visage de Jésus mourant, tel qu'il le faut considérer en sa passion, est remède et salut. « Ceux qui vous craignent me verront, dit-il, et se réjouiront (Ps. CXVIII, 74) » ceux qui souffrent me verront et seront guéris, comme le furent ceux qui, après avoir été piqués des serpents, regardèrent le serpent attaché au bois. Pour vous, joie et salut de tous, monté sur un âne ou suspendu sur le bois, que les voeux de tous vous bénissent, afin que vous contemplant assis sur votre trône, ils vous louent aux siècles des siècles, vous, à qui soit la louange et l'honneur dans tous les siècles des siècles. Amen.

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