La prière

Vultum Dei quaerere (Chercher le visage de Dieu)

(Constitution apostolique du pape François sur la vie contemplative féminine du 22 juillet 2016)

Qu'elle soit communautaire ou personnelle, la prière occupe une grande place dans la vie monastique.

  • La prière communautaire

L'eucharistie "source et sommet de toute la vie chrétienne" (selon la Constitution Lumen Gentium du concile Vatican II) l'est aussi de la vie du moine (et de la moniale!).

"Comme le dit le Prophète: Sept fois le jour j'ai dit ta louange. Offrons donc des louanges à notre créateur pour les jugements de sa justice à ces heures-là: à Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies, et, la nuit, levons-nous pour le célébrer." (Règle de Saint Benoît, chapitre 16)

La liturgie des heures est au coeur de la règle de Saint Benoît. De Vigiles (4h15), où la communauté se lève pour se retrouver au choeur, dans le silence de la nuit, aux Complies (19h35), qui se concluent sur le Salve Regina et marquent la fin de la journée et le début du grand silence, la journée est ainsi rythmée par la prière. Ce morcellement de la journée rappelle aussi que la prière est au coeur de la vie du moine:

On ne préférera donc rien à l'Oeuvre de Dieu. (Règle de Saint Benoît, chapitre 43)

Ces sept temps de prière ont des durées variables: entre 15 minutes pour les "petites heures" et 1h pour les Vigiles. Les "petites heures" (tierce, sexte et none), placées vers 9h, 12h et après 14h, rappellent symboliquement les étapes de la Passion du Christ.

Chacun de ces offices est marqué par trois éléments cardinaux: la récitation des psaumes, la lecture d'un passage de l'Ancien ou du Nouveau Testament et la prière litanique, prière d'intercession pour le monde.

La communauté se retrouve aussi pour d'autres temps de prière, notamment pour un temps d'adoration les premiers dimanches du mois, entre Vêpres et Complies.

 

  • La prière personnelle

L'un des Pères cisterciens, Guillaume de Saint-Thierry voyait dans l'oraison un "amoureux attachement de l'homme à Dieu; une sorte de conversation familière et affectueuse" ; ce qui ne voulait pas dire, loin s'en faut, que cet attachement était aisé! Car les occupations quotidiennes, mille pensées, etc. peuvent vite prendre le pas sur ce temps de coeur-à-coeur.

C'est pourquoi notre journée est organisée de telle sorte que des temps d'oraison y trouvent leur place, notamment après l'office de Vigiles le matin, avant que le jour ne se lève, ou après l'office des Vêpres, en fin d'après-midi. Mais la prière personnelle ne se limite pas à ces temps que nous prenons toutes ensemble à l'église; elle imprime l'ensemble de la journée et s'insinue dans le temps de travail!

  • LA LECTIO DIVINA

"Lecture divine", "divine lecture": elle est désignée comme telle car elle n'est pas une lecture scientifique ou exégétique de la Bible mais bien une lecture priante. Saint Benoît dans sa règle lui accorde une place spéciale:

L'oisiveté est ennemie de l'âme. C'est pourquoi, à certaines heures, les frères doivent s'occuper au travail des mains, et à certaines autres à la lecture des choses divines. (Chapitre 48)

Le matin après l'office de Vigiles, avant l'agitation du jour, le scriptorium devient le lieu privilégié de la lectio. Les dimanches et la période du Carême le sont également. Ainsi, pendant le Carême, et selon une tradition remontant à Saint Benoît, chaque soeur reçoit un livre (d'exégèse, de spiritualité, de patristique...) qui l'accompagnera tous les jours en fin d'après-midi pendant ce temps privilégié.

L'une de nos soeurs anciennes parle ainsi de la lectio: "Comment vivre une vie avec Dieu sans vous nourrir un peu? C'est la base même; c'est Dieu qui vous a parlé là; c'est trop désinvolte de ne pas lire ce que vous avez là!"

 

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Une méditation du Frère Rafael sur l'oraison

"Enlève de ton cœur ce qui gêne, et tu y trouveras Dieu. [...] Nous cherchons Dieu dans un maquis de choses qui, plus elles sont compliquées et plus elles nous semblent meilleures.
Et pourtant, Dieu nous le portons en dedans, et, là, nous ne le cherchons pas !
Recueille-toi au-dedans de toi-même ; regarde ton néant ; regarde le néant du monde ; mets-toi au pied d'une croix et, si tu es simples, tu verras Dieu.
Voici la vie d'oraison : il n'y a pas à mettre ce qui y est déjà ; il faut plutôt enlever ce qui y est de trop. (...) Une âme veut-elle vivre selon Dieu ? Qu'elle enlève tout ce qui n'est pas lui, et c'est fait." 

Frère Raphaël Arnaiz, 25 janvier 1937

Une méditation de Guillaume de Saint Thierry sur la lectio

"A des heures déterminées, il faut vaquer à une lecture déterminée. Une lecture de rencontre, sans suite, trouvaille de hasard, bien loin d'édifier l'âme, la jette dans l'inconstance. Accueillie à la légère, elle disparaît de la mémoire plus légèrement encore. Au contraire, il faut s'attarder dans l'intimité de maîtres choisis et l'âme doit se familiariser avec eux."

"Il faut aussi chaque jour détacher quelques bouchées de la lecture quotidienne et la confier à l'estomac de la mémoire: un passage que l'on digère mieux et qui, rappelé à la bouche, fera l'objet d'une fréquente rumination; une pensée plus en rapport avec notre genre de vie, capable de soutenir l'attention, d'enchaîner l'âme et de la rendre insensible aux pensées étrangères."

"Engendré dans l'homme par la grâce, l'amour de Dieu trouve en la lecture son lait, en la méditation son aliment solide, en l'oraison, sa force et sa lumière."

Guillaume de Saint-Thierry, Lettre aux frères de Mont-Dieu (XIIe siècle)