Le travail

Avec un sourire, l'une de nos soeurs anciennes vous dirait que "l'on ne peut être les mains levées devant le Seigneur à longueur de journée, on est esprit et corps".

Saint Benoît l'avait bien compris, lui qui écrit que :

C'est alors qu'ils sont vraiment moines, quand ils vivent du travail de leurs mains. (chapitre 48 de la Règle)

C'est encore le cas aujourd'hui, même si les ateliers et les façons de travailler ont évolué.

 

Pourquoi le travail?

Il est d'abord une source d'équilibre personnel mais il n'est pas pour nous un "loisir" ou un "exhutoire" à côté de la prière. Il est partie intégrante de la vie du moine. Comme tous, il nous faut gagner de quoi assurer notre vie quotidienne. Le travail nous insère aussi dans un tissu économique, locale ou national (voire au-delà puisque nos fromages et pâtes de fruits voyagent... jusqu'en Allemagne!). Tout en vivant à l'écart du monde, nous vivons aussi dans ce monde auquel nous sommes parties prenantes.

 

Les ateliers: Adieu veaux, vaches, cochons!

Petit à petit, le travail s'est transformé. L'étable s'est vidée de ses vaches, la porcherie de ses cochons. Aujourd'hui, un petit troupeau de brebis peuple les prés autour de l'abbaye: ce sont d'excellentes tondeuses!

Le travail manuel se poursuit: même si le fromage n'est plus fabriqué dans nos murs, plus de la moitié de la communauté travaille encore à la fromagerie, pour l'affinage. A la confiserie sont réalisées pâtes de fruit et confitures. D'autres (ou les mêmes, car toutes ici assurent plusieurs tâches) travaillent au potager, au verger, à l'entretien du jardin, au soin des brebis... Des ateliers plus nouveaux existent, comme celui de la poterie.

Des tâches moins physiques mais qui demandent d'autres compétences se développent: pour la gestion de la société agricole, la tenue du magasin et de la librairie...

 

L'accueil

Saint Benoît nous invite à accueillir l'hôte comme le Christ. Cette dimension d'accueil a, dans la vie monastique bénédictine et cistercienne, une place très importante depuis les origines, ce qui n'est pas le cas dans toutes les traditions contemplatives. Cet accueil prend des formes diverses: à l'hôtellerie il s'agit d'accueillir des individus ou des groupes venant prendre un temps de retraite; à la maison "Bellevue", ce sont des groupes de jeunes (aumôneries, scouts...) qui trouvent une place privilégiée. Mais l'accueil prend place aussi à la porterie, c'est-à-dire à la porte, l'entrée du monastère. Ce sont les visiteurs, touristes, fournisseurs, entrepreneurs, passants qui frappent ainsi à la porte et qu'il s'agit d'accueillir.

 
Les services

 Le travail ne se limite toutefois ni aux ateliers, ni à l'accueil. Il recoupe une part importante de "services" qui sont au coeur-même de la vie monastique. En plus des fonctions de l'abbesse, de la prieure, de la sous-prieure, de la cellérière:

  • La soeur infirmière et les aides-infirmières prennent soin de nos soeurs anciennes et malades.
  • La mère maîtresse du noviciat et celles du monasticat assurent la formation et l'accompagnement des jeunes soeurs.
  • Nous sommes toutes mobilisées pour le ménage mais certaines sont aussi dédiées au tricot, à la couture (notamment des habits monastiques), au raccommodage, à la lessive, à l'entretien du réfectoire...
  • Et aux mille petites choses nécessaires à la vie commune et à l'office et que l'on ne voit pas forcément: préparation des feuilles de chant, répétitions de la schola, de l'orgue et de la cithare, préparation des bouquets...

 

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Une méditation de Guillaume de Saint Thierry sur le travail

"... l'âme sérieuse et prévoyante se fait à toute occupation. Bien loin de s'y dissiper, elle s'en sert pour mieux se recueillir. [...] Bon gré mal gré, sous le joug de la volonté bonne, les sens unifient leurs efforts. Pour eux, plus d'ébats possibles avec le fardeau du travail. Domptés, humiliés au service de l'esprit, ils apprennent à se modeler sur lui, et dans le partage de la peine, et dans l'attente de la récompense. [...]

Il en va de même du travail: le paysan a des nerfs solides, des muscles puissants: c'est le fruit de l'exercice. Laissez-le inactif: il s'amollit. La volonté crée la pratique; de la pratique naît l'exercice; l'exercice donne des forces pour n'importe quel travail."

Guillaume de Saint-Thierry (XIIe siècle), Lettre aux frères de Mont-Dieu