La grâce du Sauveur

Rupert de Deutz
De quelle admirable rapidité fait preuve la grâce du Sauveur ! Elle va, elle vient : en trois jours elle détruit les péchés des trois époques du monde. Par l'unique mort du Christ, elle délivre d'un seul coup tous ceux qui vivaient avant la loi, tous ceux qui avaient été soumis à la loi, tous ceux qui devaient venir sous la grâce. Pour donner une idée de cette rapidité, l'Esprit Saint commandait au prophète : "Voici son nom : Arrache vite les dépouilles, pille prestement". De même dans le Cantique, nous lisons : "Reviens mon Bien-Aimé, sois semblable à la gazelle et au petit des biches sur les montagnes de Béthel". Oui, le Christ se hâta d'arracher à l'Enfer ses dépouilles, Il pilla promptement et revint comme la gazelle ou le petit des biches, c'est-à-dire comme le fils des patriarches. Il apparut sur les montagnes de Béthel, venant en toute hâte nous sauver.
Il se hâta d'arracher à l'Enfer ses dépouilles, c'est-à-dire d'en faire sortir tous les élus, de par son droit vainqueur. Au reste, pourquoi aurait-Il tardé pour les en arracher ? L'obscurité de ce lieu l'aurait-elle empêché de les discerner ?
Il était le Soleil, et ceux qu'Il y cherchait étaient comme des miroirs. Leur foi était un miroir tout prêt à renvoyer les rayons du soleil, dès qu'ils l'apercevraient. Il n'avait pas encore pu les refléter, car entre eux et le soleil se dressait un mur hostile : le péché originel. Mais le Christ, mourant dans sa chair, avait brisé et renversé cette muraille qui cachait de son ombre ennemie ces miroirs des âmes en attente du vrai soleil.
Pourquoi donc, maintenant que le mur est par terre et que le véritable soleil descend aux enfers, les âmes de élus, toutes prêtes à capter la lumière, tarderaient-elles à étinceler ? Dès que descend vers elles ce soleil radieux, l'âme du Christ vainqueur, étincelant de tout l'éclat du Verbe tout-puissant qui réside en elle, ces miroirs se mettent à resplendir, les princes des ténèbres s'évanouissent comme la fumée, comme la cire qui fond au feu, et les justes s'échappent des ténèbres. Reçus au Paradis, ils commencent à festoyer et à se réjouir en présence de Dieu. Le larron est aussi de la fête, lui à qui le Seigneur pendu à la croix avait annoncé : "Aujourd'hui, tu seras avec moi dans le Paradis".
Et pendant tout un sabbat, Le Seigneur Christ se repose avec eux " de tout le travail qu'Il avait fait". "Le bien-aimé paît parmi les lys", jusqu'à ce que se lève la brise du troisième jour et que "les ombres disparaissent". Alors, en ce troisième jour, le Christ va rejeter sans tarder loin de lui la mort qu'Il n'avait fait que goûter. C'est ce qu'Il voulait signifier, lorsque sur la croix, altéré de notre salut, et disant en toute vérité qu'il avait soif, Il n'avait fait que goûter au vinaigre qu'on lui offrait et ne voulut pas le boire. Il avait goûté, en effet, au vinaigre de la mort; mais bien vite, le troisième jour, Il devait la repousser pour ne plus jamais en boire, car "Ressuscité d'entre les morts, le Christ ne meurt plus, la mort sur lui n'aura plus d'empire".
Des oeuvres du Saint-Esprit, Livre 2, c. 27.

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