Vers Toi j'élève les yeux

Origène

Je pense que celui qui prie comme il faut et du mieux qu’il peut y trouve de multiples avantages. Et d’abord, celui qui a disposé son esprit à la prière, du fait qu’il s’y prépare, se met en présence de Dieu : il s’apprête à lui parler comme à quelqu’un qui le voit et qui est là. Certaines imaginations ou certains souvenirs propres à les provoquer, troublent le recueillement de ceux qui en encombrent leur esprit. De manière analogue, le souvenir de Dieu à qui l’on croit et qui voit les mouvements les plus secrets de l’âme, est des plus précieux : celle-ci se prépare à plaire à ce témoin présent qui examine et observe tout esprit, qui sonde les reins et scrute les cœurs.
Et même si celui qui se dispose ainsi à prier n’en retirait aucun autre avantage que ce souvenir de Dieu, ne croyons pas que ce soit là un médiocre profit de se ménager ainsi des temps de prière. Ceux qui s’adonnent à la prière avec persévérance en ont fait l’expérience : que de péchés elle évite, que de vertus elle favorise ! Le souvenir, la pensée d’un homme de renom et confirmé en sagesse nous incite à rivaliser d’ardeur et freine souvent notre penchant au mal ; à combien plus forte raison le souvenir de Dieu, le Père de l’univers, aide-t-il ceux qui sont assurés de se trouver en présence d’un Dieu qui est là, et qui les entend lui parler, surtout lorsqu’un tel souvenir est joint à la prière.
Et d’après le prophète David, le juste qui prie retire encore bien d’autres fruits de sa prière. Il n’est pas hors de propos de nous y arrêter ; nous y constaterons les grands avantages que présentent l’attitude et la préparation à la prière pour celui qui tend son être vers Dieu. Il dit donc : "Vers toi, j’élève les yeux, toi qui habites le ciel" ; et : "Vers toi, j’ai levé mon âme, ô mon Dieu". Les yeux de l’esprit sont levés lorsqu’ils ne s’arrêtent plus aux biens terrestres et ne se remplissent plus des images matérielles; ils s’élèvent à une telle hauteur qu’ils font peu de cas des choses créées pour ne contempler que Dieu seul et l’écouter respectueusement et attentivement. Comment ces yeux qui contemplent à découvert la gloire du Très-Haut et se transforment à son image n’en retireraient-ils pas les plus grands avantages ? Ils reçoivent alors quelque reflet divin comme il est écrit : "La lumière de ton visage, Seigneur, s’est levée sur nous".
Celui qui prie ainsi, après avoir reçu tant de bienfaits, est devenu plus capable de s’unir à l’Esprit du Seigneur qui remplit toute la terre, qui a rempli le ciel et la terre, comme le dit le prophète : "Est-ce que je ne remplis pas le ciel et la terre ?" En outre, par la purification dont nous avons parlé, il participera à la prière du Verbe de Dieu qui se tient au milieu même de ceux qui l’ignorent et n’oublie les prières de personne. Il priera le Père, uni avec celui dont il est le médiateur. Car le Fils de Dieu est le souverain Prêtre de nos offrandes, et notre défenseur devant le Père. Il prie pour ceux qui prient.
 De la prière, n° 9 & 10, P. G. 11, col. 441 BCD. 444 BC. 445 C.

 

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