Homélie pour le Sacré Coeur, Année B, 10 juin 1994

Frères, regardons la Parole, comme Jean regardant Le côté transpercé de son Rabbi élevé. Regardons le Livre ouvert. La Lettre n'est pas morte. Jésus a livré le Souffle. Dieu nous parle aujourd'hui.
Avec Osée, avec Les frères et sœurs du Ribat réunis à Alger, écoutons le cœur de Dieu gémir, pleurer: il n'a pas compris que je venais à son secours (Os 11,3). Nous disons et redisons, chantons et rechantons, jour après jour, office après office: Dieu viens à mon aide ! Seigneur à notre secours! (Ps 69,2) ... avons-nous compris? Allons-nous enfin comprendre: il est là. Il vient. Il est avec nous.
Il est au milieu de nous, en nous: Christ habitant notre cœur. Oui: Toi, notre secours toujours offert, notre rempart, notre abri dans la détresse. Notre bouclier, notre arme de victoire, c'est toi. Amour, vite, au secours. J'ai confiance... je n'ai plus de crainte (Is 12,2: Cantique AT 19).
Avec Éphésiens, ensemble écoutons Paul nous annoncer l'insondable richesse du Christ Pour Paul, l'annonce est une grâce... comme aussi pour nous d'être Église ici aujourd'hui. Pour Lui, annoncer veut dire: mettre en lumière quelque chose - mystère - qui est caché en Dieu. Pour annoncer Dieu: qui pourrait prétendre à quelque compétence ou qualification? C'est pourquoi Paul tombe è genoux et nous aussi. Car l'annonce est au cœur même de La prière: comme un débordement de Lumière... ou rien du tout.
Débordement: n'est-ce pas l'ultime annonce de la Croix où Jésus est pendu, supplicié avec deux autres maquisards... avec tant d'autres... Il est vraiment mort... Il a déjà livré le dernier Souffle et voilà qu'au dire de son disciple aimé, quelque chose arrive encore... quelque chose... Un coup de lance. Si c'était simplement ce dernier acte de violence sur son cadavre, surajouté è tant d'autres, ce serait déjà quelque chose: de regarder en face cette violence, d'en dévoiler le mensonge homicide et de reconnaître nos complicités. Nul n'est innocent de cet acte qui dure aujourd'hui en Bosnie, au Rwanda... ici, comme dans les sociétés de mortelle abondance.
Allons-nous en rester là et désespérer : l'humanité en est là. À ce coup de grâce, comme un monde moribond qu'on achève à coup de machette, de hache ou de revolver...
Écoutons l'Évangile. Et sans nous détourner de ce monde en souffrance, regardons. IL y a quelque chose à VOIR. Il y a quelque chose à CROIRE : sang et eau qui coulent de source.
Frères, si nous regardons notre sœur Paule-Hélène et Henri notre frère, transpercés par les balles des tueurs: ne voyons-nous pas que quelque chose d'autre — d'autre que la mort — est arrivé, arrive.., et ça peut nous arriver: ils sont restés debout... jusqu'au bout enracinés dans l'amour, établis dans l'amour... (Ep 3,17). C'est le plus beau. C'est le plus vrai qui est arrivé ici, à la Casbah, comme au Calvaire : du cœur blessé de Dieu, c'est Don, c'est Amour.
Regarder Jésus, c'est s'ouvrir è La source de cet Amour caché que notre soeur et notre frère ont mis en LUMIÈRE, ont mis en VIE.
Près de Marie, Église debout regardons Jésus: Dieu transpercé, Dieu ouvert Et que son amour nous arrive maintenant comme è l'heure de notre mort

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