22 mai: Élevons nos cœurs

Certes, l'Ascension était hier... mais pourquoi ne pas en méditer le mystère aujourd'hui encore?

Le Christ a été élevé et c'est la mémoire que nous en faisons. De même qu'à chaque eucharistie nous répondons au prêtre qui nous appelle à élever notre coeur : "Nous le tournons vers le Seigneur."

Quels efforts ne devons-nous pas faire maintenant pour élever nos cœurs que la corruption du corps appesantit, comme nous avons la douleur de le voir dans le livre de notre propre expérience, et que cette demeure terrestre abat sans cesse ?

Mais peut-être faut-il vous dire ce qu'on entend par élever son cœur, ou comment on doit s'y prendre pour l'élever. Je laisserai à l'Apôtre le soin de vous l'expliquer à ma place : « Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, vous dit-il, ne recherchez plus que ce qui est dans le ciel, où le Christ est assis à la droite de Dieu. N’ayez plus de goût et d'affection que pour les choses du ciel, et non pour celles de la terre (Col 3,1-2). » C'est comme s'il disait en d'autres termes : si vous êtes ressuscités avec Lui, montez au ciel avec Lui, si vous vivez avec Lui, régnez aussi avec Lui. Suivons, mes frères, oui, suivons l'Agneau partout où il est, suivons-le dans les souffrances, suivons-le aussi dans sa résurrection, mais suivons-le surtout avec ardeur dans son ascension. Que notre vieil homme soit crucifié avec lui, afin que le corps du péché soit détruit, et, pour n'être pas plus longtemps esclaves du péché, mortifions nos membres qui sont sur la terre. Mais s'il est ressuscité d'entre les morts par la gloire de son être, nous devons, comme Lui, marcher dans les voies d'une nouvelle vie, car s'il est mort, et s'il est ressuscité ce n'est que pour nous faire mourir au péché et vivre à la justice.

Bernard de Clairvaux, Sixième sermon pour le jour de l’Ascension

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21 mai: L'Ascension du Christ... et celle(s) du monde

Celui qui est descendu sur la terre est le même Christ qui est monté dans les cieux (Ep 4,10). Ce sont les propres paroles de l'Apôtre. Pour moi, je crois que s'il est monté c'est précisément en descendant, et qu'il fallait que le Christ descendit pour nous apprendre à monter. Nous sommes avides d'élévation, nous n'aspirons tous qu'à nous élever, c'est que nous sommes, en effet, de nobles créatures, douées d'une âme grande, et qui ont naturellement le goût de la grandeur. Tout le monde flatte les puissants, tout le monde leur porte envie. Ah malheureux mortels de qui suivez-vous les traces ? Est-ce que vous ne voyez pas Satan tomber du haut du ciel, rapide comme la foudre? [...]

 

Je vous en prie, mes frères, prenez garde que vos cœurs ne s'appesantissent point dans les inquiétudes de cette vie, car pour ce qui est de l'excès du boire et du manger, grâce à Dieu, je n'ai pas à vous faire la même recommandation. Oui, mes frères, déchargez, je vous en conjure, déchargez vos cœurs du poids accablant des pensées de la terre et vous verrez que le Seigneur a rempli son sanctuaire de gloire. Levez vos cœurs avec les mains de vos pensées, si je puis ainsi parler, et vous verrez le Seigneur transfiguré. A quoi bon, en effet, savoir où l'on doit aller, si on ne sait la route qui doit conduire au but désiré ? [...]

 

Suis aussi, ô mon frère, le Christ montant sur sa croix, et s'élevant ainsi au dessus de la terre, et place-toi par là, non seulement au dessus de toi, mais encore au dessus du monde entier, par l’élévation de ton âme, monte assez pour voir de haut et de loin toutes les choses de la terre, ainsi qu'il est écrit : « Ils verront la terre de loin (Es 33,17). » Ne te baisse sous l'attrait d'aucun plaisir du monde, ne te laisse abattre par aucune adversité. Garde-toi bien de placer ta gloire ailleurs que dans la croix du Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour toi (Ga 6,14). Regarde, comme une véritable croix, tout ce que le monde désire le plus et toi, puisque tu es crucifié au monde, attache-toi de toute la force de ton cœur à ce que le monde regarde comme une croix.

 

Lorsque tu en seras là, que te reste-t-il encore à faire, sinon de t'élever jusqu'à celui qui est le Dieu béni par dessus tout dans les siècles des siècles ?

Bernard de Clairvaux, Quatrième sermon pour le jour de l’Ascension

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20 mai: Rencontrer Jésus sur les chemins de la justice

Que ceux qui marchent dans les chemins de la justice entendent cela et se réjouissent, qu'ils entendent, car Jésus favorise, de ses avances et de sa manifestation, non seulement ceux qui s'appliquent à la contemplation, mais encore ceux qui suivent avec justice et piété les sentiers de la vie active. Plusieurs d'entre vous, si je suis bien informé, en ont fait l'expérience, souvent, ils ont cherché Jésus au sépulcre, si je puis parler ainsi, en passant à l'autel, et ne l'ont point rencontré, et ce même Jésus s'est montré à eux d'une façon inespérée dans la voie du travail. Alors, ils se sont approchés et ils ont embrassé ses pieds, parce que la paresse n'avait point arrêté leur marche, tant ils désiraient voir Jésus. Ne ménagez donc point vos pas dans les chemins de l'obéissance et dans les détours des bonnes œuvres, puisque Jésus n'a point ménagé les siens quand ses pieds étaient exposés aux atteintes des clous, et ne s'est point fatigué de récompenser ou de soulager le travail de vos pieds, en vous permettant de saisir et d'embrasser les siens.

 

Quelle consolation n'éprouverez-vous pas, en effet, s'il se joint à vous comme compagnon de route, si, par les charmes ravissants de ses entretiens, il fait disparaître, pour vous, ce que le travail a de pénible, et vous, de plus, vous aurez l'intelligence pour vous faire comprendre ces Ecritures que vous lisez peut-être chez vous sans en pénétrer le sens? Je vous prie de nous le dire, vous à qui la bonté divine a fait faire cette douce expérience, n'est-il pas vrai que votre cœur était ardent pour Jésus lorsqu'il vous parlait en route et vous expliquait les Ecritures? Qu'ils se souviennent donc de ces douceurs, ceux qui les ont éprouvées, et que, dans les voies du Seigneur, ils chantent combien grande est la gloire de Dieu. Qu'ils y croient et souhaitent d'en faire l'expérience, ceux qui ne les ont jamais éprouvées, afin de chanter, eux aussi, les justifications du Seigneur, dans le lieu de leur affection et de leur exil.

Guerric d'Igny, moine cistercien du XIIe siècle, Troisième sermon pour la Résurrection du Seigneur

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19 mai: Accueillir la deuxième résurrection

« Bienheureux et saint, celui qui a part à la résurrection première (Ap 20,6). » Je suis, s'écrie Jésus, « la résurrection et la vie (Jn 11,25). » C'est donc lui qui est la première résurrection, il est aussi la seconde. Car le Christ, qui est les prémices de ceux qui dorment dans le tombeau, a opéré pour nous, par le mystère de sa résurrection, notre première résurrection, et il opérera la seconde par le modèle de cette même résurrection. La première, c'est celle des âmes, lorsqu'il les établit dans une vie nouvelle. La seconde sera celle des corps, lorsqu'il transformera le corps de notre humilité, et le rendra conforme au corps de sa gloire (Ph 3,21). C'est- donc avec raison que Jésus Christ se proclame la résurrection et la vie. En effet, c'est par lui et en lui que nous ressuscitons pour vivre selon lui et en lui, maintenant selon lui, dans la sainteté et la justice, et, plus tard, en lui, dans la béatitude et la gloire. Or, comme la première résurrection de notre chef, le Christ, est la cause de l'augmentation de la seconde, qui sera celle de tout le corps, de même, en chacun de nous, la première résurrection, par laquelle l'âme revit en sortant du péché, est l'augmentation de la seconde résurrection, par laquelle le corps sera délivré, non seulement de la corruption de la mort, mais encore de tout principe corruptible de mortalité. Que l'une soit la marque et la cause de l'autre, l'Apôtre nous le montre évidemment quand il dit : « Si l'esprit de Jésus qui l'a ressuscité des morts, habite en vous, il vivifiera aussi vos corps mortels à cause de son esprit qui réside en vous (Rm 8,11). »

 

Seulement, soyez reconnaissants envers la grâce de Dieu, et, comme les mystères des fêtes pascales vous ont fait nouvelle créature, de même marchez toujours dans une vie nouvelle. Vous qui êtes devenus participants de Jésus-Christ par la foi, par la réception du sacrement, par la communion au Saint-Esprit, efforcez-vous avec soin, non-seulement de retenir jusqu'à la fin le commencement de la substance divine, mais encore de l'augmenter, afin que, à raison de tant de faveurs privilégiées, ayant part à la résurrection première, et étant marqués de tant de gages de confiance dans le jour de la lumière, vous ayez un droit éternel à la seconde résurrection par Notre-Seigneur Jésus-Christ, notre résurrection et notre vie, qui, mort pour nous durant trois jours, vit et règne dans tous les siècles des siècles.

Guerric d'Igny, moine cistercien du XIIe siècle, Second sermon pour la Résurrection du Seigneur

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18 mai: Les aromates du Christ

Ainsi donc le Christ au tombeau, c'est la foi morte dans une âme. Comment en agirons-nous avec lui? Que firent les saintes femmes qui avaient seules conservé pour le Seigneur un amour plus ardent que tous ses autres disciples? « Elles ont acheté des aromates pour venir embaumer Jésus. » Etait-ce pour le ressusciter? Non, mes frères, nous savons bien qu'il ne nous est pas donné de le ressusciter. Tout ce que nous pouvons faire c'est de l'embaumer. Pourquoi cela? Pour que celui qui est mort comme lui, ne répande point une mauvaise odeur, une odeur de mort pour les autres et qu'elle ne s'exhale de tous côtés et qu'il ne tombe lui même en pourriture.

 

L'esprit ira donc chercher ces aromates, c'est-à-dire, au premier rang, le sentiment de la compassion, puis le zèle de la droiture, sans omettre, dans le nombre l'esprit de discernement. En effet, toutes les fois que vous voyez un de vos frères pécher, votre premier sentiment doit être un sentiment de compassion, comme étant d'ailleurs le plus naturel à l'homme, puisque nous en trouvons le motif au fond de nous-mêmes. L'Apôtre ne nous dit-il point : « Pour vous qui êtes spirituels, ayez soin de relever ce frère dans un esprit de douceur, en réfléchissant sur vous-mêmes et en craignant d'être tentés aussi bien que lui (Ga 6,1). » Et le Seigneur, lorsqu'il sortait de Jérusalem, en portant sa croix, et qu'il rencontra, non pas encore toutes les nations du monde, mais quelques femmes seulement qui pleuraient sur lui, il se tourna vers elles et leur dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez point sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants (Lc 23,38.) » Remarquez la gradation : « sur vous » d'abord, dit-il, puis « sur vos enfants. » C'est donc sur vous, mes frères, que vous devez d'abord arrêter votre attention si vous voulez apprendre à compatir aux maux des autres, et les reprendre ensuite en esprit de douceur. Soyez attentifs à vous-mêmes, dit-il, et craignez d'être tentés à votre tour. Mais comme les exemples nous touchent toujours bien plus que les paroles et se gravent plus profondément dans nos cœurs, laissez-moi vous renvoyer à ce saint vieillard qui, en apprenant qu'un de ses frères était tombé dans une faute, se mit à pleurer amèrement et à s'écrier : Lui aujourd'hui, et moi demain. Pensez-vous, que celui qui pleurait ainsi sur lui-même ne sût point compatir au malheur de son frère? D'ailleurs ce sentiment de compassion sert à beaucoup à la fois, attendu qu'un esprit généreux se reprocherait de contrister quelqu'un qu'il voit inquiet pour lui.

Bernard de Clairvaux, Second sermon pour la Résurrection du Seigneur

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