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La vie fraternelle

Vivre-ensemble

Vivre-ensemble

Vivre à plus de vingt soeurs, issues de générations, de milieux culturels, sociaux, etc. divers, est une richesse et un défi quotidien! Cela demande sans cesse de "s'ajuster" pour être "au plus juste" dans nos relations entre nous, mais aussi avec les personnes rencontrées...

La vie communautaire est un vrai révélateur de chacune, où l'on apprend beaucoup sur soi-même.

Vivre côte-à-côte

Vivre côte-à-côte

Du lever nocturne où l'on se retrouvepour l'office de Vigiles jusqu'à l'office de Complies - qui marque le début du grand silence de la nuit -, notre vie se déroule côte-à-côte. Nous partageons la prière communautaire, les repas en commun, le "chapitre" le matin où la mère abbesse commente un chapitre de la Règle de Saint Benoît... Certains ateliers de travail reposent aussi sur un travail collectif.

Il n'y a guère que les dortoirs qui ont été abandonnés!

Vie fraternelle et silence

Vie fraternelle et silence

En tout temps les moines doivent cultiver le silence, mais surtout aux heures de la nuit. (Règle de Saint Benoît, chapitre 42)

Le silence est essentiel pour permettre la vie communautaire et respecter la prière de chacune. La façon de le concevoir a néanmoins bien changé. Pendant très longtemps, moines et moniales cisterciens n'ont échangé que par signes : parler vocalement était très limité. Sous réserve que l'interlocuteur comprenne, il était possible de dire bien des choses par voie de gestes!

Aujourd'hui nous communiquons peu par gestes, même s'ils sont bien utiles pour les petites demandes, spécialement dans les lieux où le silence demeure d'or (comme le réfectoire, l'église...).

Le silence est aussi là pour faciliter l'écoute: de la Parole de Dieu, des lectures (actualité, histoire, spiritualité...) faites pendant le repas.

Avoir plus aisément recours à la parole permet de faciliter la vie fraternelle... mais encourage à plus de discipline et interroge sur notre rapport au silence. Il n'est pas une chape imposée. Il est là pour permettre d'approfondir notre relation à Dieu. C'est à un silence habité que nous sommes appelé(e)s !

Le vœu de conversion des mœurs

Le vœu de conversion des mœurs

Il joue sur le quotidien de la vie fraternelle. Le chapitre des coulpes a longtemps été un lieu où les soeurs ayant commis une faute étaient "proclamées" (dénoncées), afin qu'elles corrigent leur comportement. Il a changé aujourd'hui: plusieurs fois par semaine, nous pouvons demander pardon d'une erreur, d'un oubli, d'une maladresse... Ce temps, essentiel à la vie commune, permet de vivre davantage en vérité envers nos soeurs.

Le mandatum a évolué. Auparavant, ce lavement des pieds avait lieu chaque semaine, au changement de service hebdomadaire (lecture de table, service d'église...). Désormais, il a lieu moins souvent, d'une façon peut-être moins mécanique. Ce temps - auquel l'évangile selon saint Jean accorde la même place qu'à l'Eucharistie! - est précédé d'une plus grande préparation spirituelle.

Nous sommes invitées à imiter la position du Christ en lavant les pieds de notre voisine, comme Jésus le fit avec ses disciples le soir de la Cène, et celle de la pécheresse en embrassant ses pieds, comme Marie Madeleine le fit pour Jésus. Cela nous conduit à nous laisser forger vers la ressemblance de Dieu et à assumer notre humanité!

Vie fraternelle et temps de fête

Vie fraternelle et temps de fête

La vie fraternelle se construit dans l'ordinaire des jours mais aussi dans des temps plus marqués, qui sont pour nous occasions de rencontres et d'échanges plus approfondis. Ainsi en va-t-il notamment pour les fêtes de la Saint Benoît (11 juillet), de la Saint Bernard (20 août), de notre mère abbesse (3 janvier).

Ce sont des temps de partage et de convivialité: pique-nique, promenades en forêt, scénettes ou jeux de société, voire, si le temps le permet, pétanque... Une façon d'apprendre à mieux se connaître !

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Une méditation de Thomas Merton sur la vie fraternelle

"Très peu d'hommes se sanctifient dans l'isolement. Très peu deviennent parfaits dans la solitude absolue. Vivre avec d'autres, apprendre à nous oublier pour comprendre leurs faiblesses et leurs défauts nous aide à devenir de vrais contemplatifs, car il n'y a pas de meilleur moyen de nous débarrasser de la raideur, de la dureté et de la grossièreté de notre égoïsme inné, obstacle insurmontable à la lumière et à l'action infuses de l'Esprit de Dieu. [...]

Croyez-vous que pour devenir saint, il faille vous enfermer avec vos prières, vos livres et les méditations qui vous intéressent, pour vous protéger, comme par d'épaisses murailles, contre les gens que vous jugez stupides? Croyez-vous trouver la contemplation en refusant de vous livrer aux travaux et aux activités qui sont indispensables au bien des autres, mais qui vous ennuient et vous dérangent? Vous imaginez-vous trouver Dieu en vous retirant dans un cocon de plaisirs spirituels et esthétiques, au lieu de renoncer à vos goûts, à vos désirs, à vos ambitions et à vos satisfactions, même si tout ceci a pour but l'amour du Christ? Celui-ci ne vivra même pas en vous, si vous ne pouvez le chercher dans les autres.

Loin d'être essentiellement opposées l'une à l'autre, la contemplation intérieure et l'activité extérieure sont deux aspects du même amour de Dieu. Mais l'activité du contemplatif doit naître de sa contemplation et lui ressembler."

Thomas Merton, Nouvelles semences de contemplation, pp.144-146

Une méditation du Frère Rafael sur la vie fraternelle

"Seigneur Jésus, Tu es bon. Une de tes grandeurs est la transformation que Tu fais en mon âme dans sa relation au prochain. Je m’explique.

Avant, quand je cherchais un religieux et que je trouvais à la place un homme ordinaire..., comme je souffrais, bon Dieu !... Quand un Frère, sans le savoir, m’humiliait (moi..., quel paradoxe !) je souffrais aussi... [...]
Il m’arrive maintenant quelque chose de bizarre.

Il y a des jours où, quand je sors de l’oraison, même si j’ai l’impression d’y avoir perdu mon temps, je ressens des désirs très grands d’aimer tous les Frères de la communauté, des désirs ardents d’amour, très grands..., comme Jésus les aime.
Quelques jours, après avoir reçu le Seigneur dans la communion et avoir vu comme Il m’aime, étant ce que je suis, je baiserais de bon cœur le sol que les religieux foulent. Je ressens des désirs très grands de m’humilier devant ceux dont je pensais avant qu’ils m’avaient humilié... Ce sont des religieux au service de Dieu... Jésus les aime... Je suis le dernier, le plus dissipé et avec le plus grand poids de péchés...Ah, si le monde savait ce que j’ai été.
(...) Je ne vois de faiblesses ni de misères en personne, je ne vois que ma bassesse, aimée par Dieu... Alors, qu’est-ce que je ferai pour l’imiter ?... Eh bien : aimer tendrement mon prochain
Qu’elle est grande ta miséricorde, Seigneur !
Quel mérite avons-nous à aimer les bons et les saints ? Est-ce que, par hasard, Jésus n’est pas cloué sur la croix pour les pécheurs ? (...)

Autant j’étais troublé avant, par la faute ou la faiblesse d’un Frère, et j’en ressentais même de la répulsion, autant maintenant je ressens une tendresse très grande envers lui. Je voudrais, en ce qui me concerne, réparer sa faute. C’est une âme aimée de Jésus ; c’est une âme pour laquelle Jésus verse son sang sur la croix... ; comment pourrais-je la mépriser ? Dieu m’en préserve ! Au contraire, je ressens un grand amour envers elle et ce que je dis ici n’est pas du vain bavardage, c’est un fait réel et positif que je n’ai pas obtenu par mes propres moyens, mais que Jésus a mis dans mon âme... Voilà le magnifique miracle.
Maintenant je vois clair.
La charité seule rend heureux ! En elle seule se trouve la mansuétude et la paix ; seulement dans la charité se trouve la véritable humilité, et seulement en elle nous pouvons vivre tranquilles et heureux en communauté !..."

13 mars 1938, Frère Raphaël Arnaiz Baron, Ecrits spirituels, Cerf, Paris, 2008

Une méditation d'un père cistercien sur la vie commune

"Concernant la concorde d’un amour mutuel, prenons conseil de notre nature. Nous sommes, de fait, une multitude à ne former qu’un seul corps, étant membres les uns des autres (cf. Rm 12, 5). [...]
Si quelque partie du corps est blessée, n’est-ce pas la langue qui, tout en exprimant l’élan de la compassion et une parole de patience, crie à l’endroit du responsable de la blessure: «Pourquoi m’as-tu fait ce mal ?» Et les mains, nées pour le service et empressées à se dépenser, ne vont-elles pas jusqu’à s’abaisser au service des pieds ?
Que se passe-t-il si une main blesse l’autre ? La main blessée s’arme-t-elle d’une jalousie vengeresse pour frapper et blesser l’autre en retour ? N’est-ce pas au contraire celle qui a blessé qui, consciente de sa faute et comme transpercée par la douleur de la pénitence, se hâte de réparer, en offrant à sa sœur blessée le remède le meilleur possible ? Dans l’humilité de ce service, n’implore-t-elle pas son pardon, ne supplie-t-elle pas en vue d’être excusée ? Un humble empressement et une bonté active n’écartent-ils pas tout soupçon de malveillance ?
Il est encore autre chose qui peut nous édifier. Si l’œil surprend la menace d’une épée prête à frapper la tête, aussitôt, par réflexe, la main s’interpose, fait face et se porte même au-devant de l’épée. En hâte, elle affronte le péril, car elle craint pour la tête, et non pour elle-même ; soucieuse de préserver la tête, elle ne se préserve pas elle-même.
Frères très aimés dans le Christ, où donc nous entraînent ces exemples, sinon vers une patience, une humilité et un amour des uns envers les autres ? Ainsi, que nul d’entre nous ne vive pour soi-même (cf. Rm 14, 7), mais pour Dieu, et que, tous ensemble, par l’unique Esprit qui habite en nous, nous vivions dans l’unité de l’esprit.
Tout homme dispose d’un test pour lui servir de preuve : s’il n’aime pas son prochain, il n’aime pas Dieu. C’est en ses membres, en effet, que Dieu demande et reçoit, est aimé ou méprisé."

Baudoin de Ford

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